Renouveau de la pilosité
| Taquineries |
RENOUVEAU DE LA PILOSITÉ.
La moustache revient. On nous dit qu’il faut « l’oser ». On nous la recommande. L’homme a toujours été une plante pilifère. La femme aussi, dans une moindre mesure.
Les jeunes gens d’aujourd’hui redécouvrent les temps de la moustache obligatoire. Leurs grands-pères, quand ils étaient enfants, ont connu la pressante obligation d’embrasser de vieilles moustaches onctueuses. Cela leur déclenchait d’irrépressibles, répréhensibles et purificateurs revers de main, amples jusqu’à l’épaule en passant par le coude.
Les glorieux poilus étaient très attachés à leur moustache. Ils la défendaient avec leur légendaire acharnement.
« -Dis grand-père, veux-tu que je te rase aussi la moustache ? », demanda un jour un effronté, néanmoins affectueux qui le rasait avec un grand instrument d’époque.
-Bougrrre non, celle-là elle est allée à Verrdun ! »
Chaque poil était pour lui un titre de gloire.
La moustache a toujours rendu d’utiles services. On en a fait un instrument de séduction qui a laissé des souvenirs émus aux lectrices de Guy de Maupassant, aux admiratrices de Clark Gable, aux fans de Jean Dujardin, cet Artiste nouveau, muet, enjôleur, rétrospectif.
La moustache est artistique, littéraire, philosophique, scientifique et politique. Elle nous a donné une riche galerie de portraits bien brossés de ces chers disparus emblématiques que furent, chacun à sa manière, Salvador Dali, Groucho Marx, Georges Brassens, Friedrich Nietzsche, Georges Clémenceau, Léon Blum… L’écologie politique a enrichi la palette des moustaches d’une couleur, d’une texture et d’une forme qui rappellent la barbe de maïs et le porche de la cathédrale de Beauvais.
Notons que la moustache est un sous-ensemble de la barbe qui, en son ensemble, fut une arme guerrière. Comme le masque et le cri de combat elle était censée épouvanter l’ennemi. Le jeu de rugby en perpétue le souvenir. Elle est en passe d’y devenir un critère de sélection ayant la primauté sur la vitesse, l’adresse sur la balle, l’intelligence du jeu. Promue au rang de produit dérivé, la barbe est promise à un bel avenir publicitaire et commercial. Pour le renouveau économique et le bonheur des barbus.
La barbe est aussi une bannière sous laquelle se groupent les religions politiques et les religions religieuses. On reconnait les obédiences à la forme, carrée ou ronde, pointue ou fourchue, longue ou semi-rase, extensive ou étriquée…
La mouvance hygiéniste soumet la maintenance de la barbe à des « checks-lists » d’une rigueur tout aéronautique. À titre d’exemple on ne saurait impunément déroger à la chronologie matutinale qui gagne à faire succéder, dans l’ordre, l’ingestion du miel du petit déjeuner, le brossage des dents, le shampoing de tout le système pileux supérieur.
La barbe et la moustache sont des instruments sensuels que n’ignorent aucun de nos cinq sens. L’ère écologique promet les plus grands succès aux saveurs et aux parfums de la moustache Dujardin. Mais en notre bas monde le paradis n’est jamais loin de l’enfer.
L’idéologie écologique considère la barbe comme un biotope de forêt primaire dont la flore et la faune sont à protéger de toute intervention humaine.
Nul ne saura jamais qui de l’homme ou de la femme décide si l’homme doit ou non porter barbe et moustache.
Les canons du look masculin sont mystérieux et soumis à des conjonctions astrales que nulle science n’a su discerner
« Vraiment, un homme sans moustache n’est plus un homme. Je n’aime pas beaucoup la barbe ; elle donne presque toujours l’air négligé, mais la moustache, ô la moustache est indispensable à une physionomie virile.
« Oh ! ma chère Lucie, ne te laisse jamais embrasser par un homme sans moustaches ; ses baisers n’ont aucun goût, aucun, aucun ! Cela n’a plus ce charme, ce moelleux et ce… poivre, oui, ce poivre du vrai baiser. La moustache en est le piment. »
Ce témoignage est faussement féminin. Il fut, si l’on peut dire, mis dans la bouche d’une femme par Maupassant qui portait la moustache et la mouche. (1850-1873)
L’éternel macho n’a guère changé que d’un poil. Il est toujours à la recherche du temps perdu…Et à la recherche du temps à perdre.
Pierre Auguste
Le 8 février 2012















